La trahison "socialiste" du monde du travail
"Il y en a qui sont encore au XIXème siècle". C'est en ces mots que le premier ministre "socialiste" a résumé la réaction de ceux qui s'offusquent à juste titre de l'avant projet de loi sur le travail. C'est aussi en ces mots qu'il piétine sans une once de scrupule des décennies de combats rudes et de batailles acharnées qui ont permis aux travailleurs de s'affranchir de la toute puissance d'un grand patronat longtemps enclin à sacrifier les conditions de travail et les salaires sur l'autel de la course à une productivité toujours plus rentable. Pour Mr Valls, le progrès social a donc vécu et il est nécessaire selon lui de redonner au MEDEF ce que les patrons ont dû céder comme acquis sociaux au fil de l'histoire. Et ça, ça s'appelle de la régression sociale. ça pourrait aussi s'appeler "allégeance au MEDEF". Mais aussi "convergence idéologique avec la droite ultralibérale". Mais aux yeux du monde ouvrier et salarié, ça s'appelle juste "Trahison". Trahison aussi de l'héritage d'un socialisme disparu au profit d'une droite qui ne dit pas (encore ouvertement) son nom.
Une seule ligne de conduite pour ces dirigeants : céder aux demandes toujours plus honteuses d'un grand patronat décomplexé et annihiler toute forme de révolte et de contestation sociale.
Les cadeaux au MEDEF
ça a commencé par le pacte de responsabilité. On revoit, en fouillant un peu dans nos mémoires, ces images d'un Gattaz au sourire narquois et provocateur qui cachait à peine une satisfaction cupide tout en arborant le fameux pin's "1 million d'emplois". Il venait juste d'obtenir, avec une facilité aussi déconcertante que honteuse, l'octroi d'un allégement de charges d'un montant cumulé de 35 milliards d'euros. Juste en mentant. En promettant la création d'un million d'emplois en retour. Et aujourd'hui, où en est-on?
Et bien on en est là : en 2015, les entreprises françaises ont redistribué 47 milliards d'euros de dividendes aux actionnaires.
Pour les non initiés, il s'agit de l'argent qui est redistribué aux détenteurs d'actions dans les entreprises cotées en bourse. Il est pris sur les bénéfices engendrés par le travail des ouvriers et des salariés. Ce que produisent ces derniers va dans les poches des actionnaires et dans celles des grands patrons. Eux doivent se contenter de leur maigre salaire et parfois de primes dont le montant frôle parfois l'indécence comme pour les salariés de PSA de Valenciennes qui, en 2014, on reçu entre 80 centimes et 18 euros pendant que leur PDG touchait 1,3 millions d'euros par an. On est donc loin des profits des dirigeants et des actionnaires. Parce que l'objectif des premiers et de garantir aux seconds de toucher toujours plus, quelque soit la méthode même à profiter des 35 milliards de cadeau qui manqueront donc au bien commun et que les contribuables vont devoir compenser. Et quand il est impossible d'augmenter l'activité et la production, il reste un moyen d'assurer les revenus des pauvres actionnaires : supprimer de l'emploi parce que les salaires, ça coûte trop cher aux grands patrons. Liste très largement non exhaustive : Air France confirme la suppression d'un millier d'emplois en 2016, Areva va supprimer 2 700 postes en France d'ici 2017, Sanofi va supprimer plusieurs centaines d'emplois sur 3 ans (5000 depuis 2008!), IBM a supprimé 345 emplois en 2015, 1100 suppressions de postes à la SNCF pour 2015, EDF va supprimer 3500 emplois d'ici à 2018, 765 pour Général Electric, 565 chez Vallourec, 430 pour STMicroelectronics, 7500 chez Renault entre 2013 et 2016, ...
On pourra me rétorquer qu'en parallèle de ces suppressions d'emplois, il y a des créations. Sauf que le solde est toujours négatif. En 2012, pour 100 000 destructions d'emplois, il n'y a eu que 65 000 créations. Le bilan est donc de 35 000 destructions. Rien ne peut laisser penser qu'à ce jour, le bilan s'est amélioré. Il est même probablement bien plus catastrophique. Alors, en échange des 35 milliards de cadeau aux patrons, ces derniers ont empoché le fric et continué à détruire l'emploi toujours dans le but de s'engraisser, eux et leurs actionnaires.
Alors, comme ils ont là un gouvernement docile et à leur solde (ce qu'ils n'auraient jamais espéré de la droite auparavant, ils l'ont avec des pseudos socialistes qui osent encore se dire de gauche avec un aplomb détestable) , ils ne se privent pas de demander toujours plus. Visiblement, toutes ces suppressions de postes ne suffisent pas. Il s'avère même qu'elles sont trop contraintes par un code du travail trop rigide et des règles trop strictes. Les pauvres... Il faut libéraliser tout ça, et sacrifier les salariées et ouvriers sur l'autel de l'engraissement des grands patrons et des actionnaires : permettre les licenciements sans motif, ni justification, ni règle, ni compensation financière (quelle honte de proposer de plafonner les indemnités de licenciement à 15 mois de salaires pour des anciennetés de plus de 20 ans quand un PDG comme celui de Lafarge est parti l'an passé avec 8 millions d'euros d'indemnités et une retraite chapeau de 600 000 euros!!!!). Permettre d'exploiter des apprentis sur des journées de travail plus longues. Permettre de déroger au temps de travail légal. Supprimer les congés pour événements familiaux type décès d'un proche. La liste est encore longue... Encore un petit effort (tout petit, hein, car avec ce gouvernement là, pas besoin de demander avec force) et on supprime les congés payés et on remet les enfants au boulot. De toute façon, l'école ça coûte trop cher et ça fait des gens qui réfléchissent.
Pour résumer, le souhait du MEDEF est d'obtenir de faire sauter tous les verrous et les garde-fous qui l'empêche de faire encore et toujours plus de profits. Et tant pis si le petit peuple morfle, souffre et suffoque.
Faire taire la contestation et tout velléité de rébellion
Après avoir minutieusement et insidieusement démantelé l'inspection du travail par une réforme qui l'a destituée de tous ses pouvoirs d'action, après avoir criminalisé l'action syndicale (la condamnation à de la prison ferme des 8 de Goodyear n'est ni plus ni moins qu'un message envoyé à quiconque oserait défendre des emplois), le projet de loi vient permettre aux employeurs de passer outre l'avis des syndicats même si ceux-ci sont majoritaires.
La stratégie est connue et rodée : les employeurs pourront s'appuyer sur quelques organisations syndicales complaisantes pour valider les projets les plus discutables. Ce sont d'ailleurs les mêmes dont on peut admirer l'engagement dans la lutte contre ce projet de réforme dangereux : la CFDT, l'UNSA, la CFE-CGC veulent d'abord discuter, amender, modifier le texte avant de voir s'il faut battre le pavé. Mais ne soyons pas dupes, le gouvernement a sciemment blindé ce projet de loi d'éléments profondément révoltants et "cédera" sur quelques points pour montrer, qu'au final, il n'est pas si méchant, hein? Et ces "syndicats" réformistes diront qu'au fond, le texte a été bien assoupli quand même et que c'est peut-être pas la peine d'aller plus loin, hein? Au final, grâce à eux, au lieu de se faire largement entuber, on se fera juste entuber. C'est quand même moins pire, hein?
Certains députés de droite et du centre ont affirmé qu'ils voteraient ce texte s'il reste en l'état. Preuve s'il en est que ce projet porté par un gouvernement de droite est bien de droite puisqu'il plaît à la droite. Ces mêmes députés suggèrent même de faciliter encore plus le licenciement et de supprimer les Comité d'Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail (CHSCT), dernière instance où les représentants du personnel ont un poids dans la défense des conditions de travail des salariés. Je ne saurais trop leur conseiller de passer le mot à Mr Gattaz qui pourra le demander et l'obtenir du gouvernement en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Certains pensent à tort que la réponse peut venir du FN. Le silence de ce dernier sur des sujets tels que celui-ci ou encore de la condamnation des 8 de Goodyear est révélateur, à l'heure où le parti d'extrême droite fait les yeux doux au patronat, cherchant l'appui précieux des classes sociales aisées dans sa course au pouvoir. Ces gens n'ayant que soif de pouvoir et de domination n'ont aucune espèce d'intérêt et d'intention de renverser le système capitaliste. Ils s'en nourriront comme ils s'en nourrissent déjà (le parti est sous perfusion financière russe et ne pourra plus jamais se soustraire à cette dépendance cupide et intéressée).
La réponse doit être à la mesure de l'attaque qui est portée au monde du travail, populaire et massive. A la mesure de la régression sociale que ce projet représente. L'argument largement repris en chœur par le MEDEF, Valls, Macron and Co, c'est que le monde évolue et qu'il faut s'y adapter. Certes. Mais ça ne peut être acceptable que dans une évolution emprunte de justice sociale. Or, le système capitaliste a ceci de profondément injuste qu'il permet à une poignée de s'enrichir sur le dos de l'immense majorité et ça se résume ainsi : en 2014, les 1 % les plus riches détenaient 48 % des richesses mondiales, laissant 52 % aux 99 % restants . La quasi-totalité de ces 52 % sont aux mains des 20 % les plus riches. Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses.
Si cette évolution là à laquelle il faut s'adapter, alors elle se fera sans moi. Elle se fera contre moi. Elle devra se faire contre l'ensemble des 80% de la population mondiale à qui il revient de ne pas se laisser exploiter.
Ne laissons pas les libéraux, les grands patrons, les gouvernements à la botte du capitalisme détruire tout ce pour quoi nos ancêtres se sont battus. Eux qui ont lutté pour nos acquis sociaux, les congés payés, les salaires minimums, les mécanismes de protection de nos conditions de travail... Ne nous taisons pas, ne laissons pas ces gens piétiner les combats passés uniquement pour satisfaire la soif de richesse et de pouvoir de quelques uns.
“Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage.”
Jean JAURES
