Le vrai mal de l'hôpital public
Aujourd'hui, au réveil, mon sang n'a fait qu'un tour lorsque j'ai entendu Mme Trabuc, belle fille de Mr Germain Trabuc, victime de Joel Gaillard le 9 mars 2004, enfoncer le clou en allant plus loin que son mari (cf. article précédent) en disant qu'il faut que les personnels hospitaliers prennent leurs responsabilités et arrêtent de se plaindre d'être en sous-effectif...
Chère madame, les personnels hospitaliers, quelques soient leurs fonctions, n'ont pas à assumer la responsabilité des carences et du laxisme des instances dirigeantes. Sachez que nous, personnelss soignant, n'avons pour seul et unique objectif que celui de faire tout ce qui est le mieux pour le patient, de rendre sa prise en charge optimale mais pour cela, et ce malgré la meilleure volonté qui soit, il faut un environnement idéal, des locaux adaptés et en nombre suffisant, du personnel qualifié et en effectif suffisant. Alors, entendre que nous devons prendre nos responsabilités sachant que nous donnons déjà énormément de notre personne et faisons bien souvent plus que ce que devrions, c'en est trop.
Sachez par exemple que dans notre profession :
- il est courant de faire ce que l'on appelle des "contre-postes", c'est à dire de quitter son poste à 21h, rentrer chez soi à 21h30-22h et revenir travailler le lendemain à 6h45 et donc de se lever à 5h30;
- il est fréquent que nous soyons rappelés pendant nos repos pour venir travailler;
- il est fréquent d'enchainer 6 à 7 jours de travail;
- il est aussi courant de devoir enchainer deux postes consécutifs pour compenser une absence (faire 13h-7h par exemple...).
- il est fréquent de rester plus longtemps pour aider la relève ou pour finir ce que l'on n'a pu terminer faute de temps;
Ce ne sont que quelques exemples, je ne parle pas des risques pris en psychiatrie notamment pour faire face à des agitations, du fait d'être constamment sur ses gardes pour ne pas risquer un coup d'un patient imprévisible, ...
Et malgré ce que pense Mme Trabuc (et bien d'autres...), sachez que la seule et unique cause de tout ce que je viens de citer, c'est bel et bien le manque de moyens humains. Et le fait que nous continuions à travailler dans de telles conditions, et ce du mieux possible, est bel et bien une preuve que nous prenons déjà nos responsabilités. A nos dirigeants de prendre les leurs. C'en est assez.
Par ailleurs, c'est le même problème de manque de moyens qui engendre la fermeture de lits en période de vacances estivales et de fêtes de fin d'année. Résultat: un mort la nuit passée, faute de place dans un hôpital de la région parisienne pouvant lui proposer les soins adaptés. D'ailleurs, je suis sûr que si ça avait été Mr Sarkozy ou Mme Bachelot ou Mr Bertrand ou n'importe quel membre du gouvernement, une place aurait été trouvée dans la minute...
C'est aussi cette carence en personnel qui engendre un épuisement des soignants qui voient leur charge de travail augmenter sans cesse. La fatigue engendre l'absentéisme et l'absentéisme nécessite de rappeler du personnel pour travailler le double et la surcharge de travail engendre la fatigue. C'est un cercle vicieux que seul un gonflement des effectifs peut rompre.
Et enfin, comme j'y faisais allusion à la fin de mon précédent article, la surcharge de travail génére la fatigue qui elle-même majore le risque d'erreur humaine. Personne n'est infaillible et c'est vrai dans toutes les professions sauf qu'à l'hôpital, les erreurs ont de plus graves conséquences qu'ailleurs.
Nous assumons pleinement les responsabilités inhérentes à l'exercice de notre profession (et donc nos erreurs potentielles...) et vu les conditions de travail, c'est déjà plus que difficile, alors assumer les responsabilités de l'Etat et du Ministère de la Santé...Ce n'est plus de notre ressort.
J'en ai marre, et je pense que l'ensemble des soignants du secteur public aussi, que nous soyons les bouc-émissaires, ceux sur qui on tape quand il arrive un malheur. Ces accusations souvent portées par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent, ne feront qu'accentuer le ras le bol général qui monte dans les hôpitaux publics.
A bon entendeur...