L'hôpital n'est pas une prison...
Voyez-vous des barreaux? Voyez-vous des surveillants de l'administration pénitentiaire? Voyez-vous des policiers?
Non, vous ne voyez rien de tout cela car c'est un hôpital. Un hôpital est un endroit où l'on trouve des gens malades, du personnel paramédical et médical et personne d'autre.
L'hôpital n'est pas une prison.
Si j'ai décidé de la rédaction de cet article, c'est d'une part parce que je suis infirmier en psychiatrie et d'autre part que je viens de voir les informations et qu'il y a été diffusé l'interview du fils de la victime tuée à coup de hache en 2003 par l'individu qui s'est échappé de l'hôpital psychiatrique de Marseille. Ce monsieur est inquiet à l'idée que l'assassin de son père soit dans la nature, c'est tout à fait légitime. Ce qui me chiffonne, c'est qu'il tire à boulets rouges sur le corps médical et qu'il déplore que le patient n'ait pas été plus surveillé... Il ferait mieux de critiquer les instances dirigeantes et fustiger le laxisme des dirigeants de ce pays concernant ce problème. En effet, ce type d'incident se répète régulièrement et à chaque fois, il est fait de nombreuses promesses pour empêcher une "prochaine fois". Rien ne bouge. Il y a maintenant quelques années, on nous avait promis la création de plusieurs UHSA (Unité Hospitalière Spécialement Aménagée), sorte d'intermédiaire entre la prison et l'hôpital psychiatrique. Rien n'avance. Il n'en existe pas.
C'est donc là le centre du problème : on ne peut pas mettre en prison quelqu'un juste parce qu'il est "potentiellement" dangereux ou parce qu'il a été jugé "non responsable de ses actes", c'est comme ça, c'est la loi. Alors, on le place en secteur fermé, à l'hôpital psychiatrique (où il est d'ailleurs susceptible de cotoyer des patients qui ont encore un numéro d'écrou...). Résultat, on confie à des soignants le soin de s'occuper de tous ces patients qui ne peuvent être soignés en ville ou en prison. Et là il y a un hic... Ben oui, moi je suis infirmier, pas gardien de prison, la chambre du patient n'a pas de barreaux (elle a des fenêtres scellées, rassurez-vous...bien que ça ne freinera pas les patients les plus déterminés à se sauver...) et je n'ai pas de personnel uniquement dédié à la sécurité qui puisse me venir en aide... Et pour couronner le tout, sachez messieurs dames qu'à l'hôpital, on est partout en sous effectif. Alors comment voulez-vous que l'on surveille non-stop un patient quand on n'est pas assez nombreux et qu'on a 20 ou 30 autres patients à notre charge? C'est impossible. Des fugues dans les hôpitaux psychiatriques, il y en a eu, il y en a et il y en aura encore tant qu'on continuera à limiter les effectifs dans les unités hospitalières publiques, tant qu'on ne créera pas des établissements adaptés avec du personnel adapté en nombre suffisant...
Tout ça pour dire que le médecin ne peut pas décider de maintenir 24h/24 un patient en contention sous pretexte qu'il est susceptible de se faire la belle tout comme le soignant (infirmier, aide-soignant,...) ne peut pas rester devant la porte du même patient pendant toute la durée de son poste (sa charge de travail l'en empêche...).
S'il y a des coupables à montrer du doigt et à condamner c'est le ministre de la santé (Mme Bachelot pour ne pas la citer) et son supérieur hiérarchique (Mr Sarkozy), c'est pas le Docteur Machin ou l'infirmier Bidule... Faut pas se tromper de responsable...
Tant qu'on supprimera des postes à l'hôpital public pour faire des économies misérables au dépens de la sécurité du patient et de la qualité des soins, on laissera encore des patients s'enfuir de psychiatrie et on aura encore des infirmières débordées exténuées qui feront de malheureuses et fatales erreurs comme pour le petit Iliès...Nous ne sommes pas des robots, l'erreur est humaine et dans notre métier, elle peut avoir de graves conséquences...Mais ceci est un autre débat...Quoique...
A bon entendeur...